40/250. Walk away

Walk away, par Ben Harper, sur l’album Welcome to the cruel world (1994, Virgin)

Ce ne fût pas forcément un coup de foudre, le premier album de Ben Harper et moi. Je lui reconnaissais bien des qualités pour sûr, mais nombre d’autres disques me paraissaient plus cruciaux, et je lui ai d’ailleurs souvent préféré le deuxième LP du bonhomme, ce FIght for your mind paru un an plus tard. S’il ne peut encore prétendre à une place parmi mes disques de chevet, je me rends compte au fil des ans que je reviens quand même très régulièrement à ces chansons à la souplesse de chat. Ce disque hors d’âge, mine de rien, semble capable d’habiller bien des humeurs, tour à tour solaire, pugnace, fragile ou allègre.

Le disque approche doucement de son terme quand résonne le riff acoustique de Walk away. Avec lui, le bruit du monde s’éteint et le calme se fait, pour écouter cette voix qui chante une peine quasi universelle. Avec simplement sa voix et sa guitare, et une maîtrise parfaite de l’espace et du silence, Ben Harper déroule les mots simples d’une grande douleur. Dans le genre, rebattu s’il en est, de la chanson de rupture, le Californien parvient à faire entrer l’auditeur dans une bouleversante intimité, sans effets de manche, sans lyrisme appuyé. Walk away n’a pas besoin d’étaler son chagrin, elle se contente de dire l’absence et le manque, ce trou qui se creuse en vous et qui parfois, devient un gouffre dans lequel on peut sombrer.

Soutenu par quelques notes comme un ressac, Ben Harper chante les jours toujours les mêmes (Oh no here comes that sun again), la solitude partout présente et qui contamine la compagnie du monde (it hurs even more to be with somebody else), le temps qui se fige et devient sable mouvant, dans lequel on s’englue (it’s time that has taken my tomorrows and turned them into yesterdays) au risque de se pétrifier. Avec une économie de moyens remarquable, Walk away s’inscrit dans la tradition millénaire de celles et ceux qui chantent la peine, pour la faire sortir de soi, pour conjurer le sort, pour s’adresser à l’autre par-delà la distance. Parce qu’on n’a toujours rien trouvé de mieux que la musique et le chant pour exprimer ce qui nous pèse et ce qui nous anime.

Il y a déjà 15 ans, quand j’écrivais quelques mots sur ce premier album de Ben Harper, j’avouais ne pas avoir suivi sa carrière ultérieure. Et bien c’est toujours le cas, je n’ai rien écouté de récent du bonhomme, resté bloqué sur ses albums des années 1990. C’est peut-être un tort, mais c’est ma foi pratique pour cette rubrique. On l’y retrouvera peut-être, nous verrons bien.

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