1 année, 10 albums : 2013

Petite respiration aujourd’hui au milieu de la série sur mes morceaux préférés des années 1990, en poursuivant le compte à rebours de mes disques favoris année par année. Avec le recul, 2013 apparaît comme un excellent millésime, marqué surtout par la forme étincelante de nombre de mes artistes de chevet. Nick Cave, Bill Callahan, Yo La Tengo, Prefab Sprout et les plus jeunes, Arcade Fire ou Arctic Monkeys, faisaient paraître cette année-là des albums marquants de leur riche discographie, pour certains leur zénith. Peut-être aussi peut-on y lire un effet de l’âge, qui me pousse à préférer des valeurs sûres et à me tourner un peu moins vers des découvertes. Deux jeunes femmes parviennent cependant à se faire une place parmi cet aréopage de figures tutélaires, une native du Sud des USA, l’autre originaire de la banlieue de Birmingham, en Angleterre. Elles assurent une présence féminine toujours trop chiche, rehaussée cependant par la présence de Georgia Hubley (Yo La Tengo) et Régine Chassagne (Arcade Fire). La qualité du millésime se retrouve aussi dans le niveau des disques laissés de côté, et on regrettera de ne pas avoir accordé davantage de place à Bertrand Belin (Parcs), Étienne Daho (Les chansons de l’innocence retrouvée), Laura Veirs (Warp and weft) ou au retour en grâce de David Bowie (The next day). Vous pouvez cliquer sur le titre des albums pour écouter un extrait de chaque album. Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos avis ou à me donner votre propre sélection dans les commentaires si vous le souhaitez.

Le Californien d’adoption relevait ici la gageure de donner une suite à la hauteur de son magistral premier album, déjà moult fois célébré dans ces pages. Avec ce disque gargantuesque, déployant des morceaux de six ou sept minutes chargés jusqu’à la gueule, le bonhomme réussit pourtant à demeurer passionnant quasiment tout du long. En équilibre permanent entre l’opulence et la surcharge, Fanfare mêle le meilleur du son de Laurel Canyon à un psychédélisme enfumé floydien, constituant au final un fascinant casse-tête et un captivant voyage au long cours.
Naviguant entre blues, folk, gospel et pop 60’s, le premier album de Valerie June ancrait résolument dans le présent cet héritage foisonnant. Alternant la sensualité et la mélancolie, la tendresse et la pugnacité, ces chansons vivantes et racées dessinent en filigrane le parcours cahoteux de leur autrice et nous donnent à entendre une nouvelle voix, fière et belle, avec laquelle compter.
Disque de deuil et de reconstruction, composé après le décès accidentel du batteur du groupe (et frère de son co-leader, Antoine Wielemans), Everest aligne onze chansons anthracite, qui toutes tentent de répondre à la question : « comment faire maintenant ? ». Le résultat est un album bouleversant, qui s’avère à chaque écoute plus impressionnant, par sa capacité à mêler le cérébral et le viscéral, et qui s’évertue sans cesse à maintenir un phare dans la tempête. Entre Radiohead et dEUS, Girls in Hawaii atteignait ici de déchirants sommets.
Avec son cinquième album, le groupe de Sheffield atteignait une forme d’acmé, le sommet d’une discographie lancée en 2006 quand il déboulait avec morgue et énergie sur la scène rock mondiale. Les Arctic Monkeys trouvent un point d’équilibre parfait entre leurs aspirations pop et leur goût pour les sonorités heavy metal, le tout assoupli par des rythmiques élastiques de forte inspiration hip-hop. Au final, AM s’apparente à un disque juke-box, gorgé de chansons à l’efficacité imparable, sorte de pendant anglais au formidable Brothers des Black Keys paru trois ans plus tôt. Un classique.
Premier album de cette native de Birmingham, Sing to the moon constitue un évident coup de maître, un coup d’essai d’une liberté farouche signé par une musicienne impressionnante de maîtrise. Forte d’un solide background classique, Laura Mvula livre un disque magistral, une collection de chansons emplie de joie et de mélancolie, sur lequel des harmonies vocales séraphiques se déploient sur une instrumentation foisonnante, évoquant des noms aussi prestigieux que Brian Wilson ou Nina Simone. Et le souffle de spiritualité qui parcourt l’échine des morceaux ne fait qu’en rehausser encore la grandeur d’âme.
Avec son treizième album studio, le groupe d’Hoboken ajoutait une pierre de plus à son admirable discographie, une perle de plus à son impressionnant collier. Malgré l’arrivée de John McEntire à la production, Yo La Tengo ne cède pas à la tentation de la révolution de palais, mais se contente d’ajouter quelques touches pointillistes à son œuvre, comme ce crescendo de cuivres et cordes qui vient clore le formidable Before we run. Yo La Tengo continue de faire très bien ce qu’il fait, le geste juste, la tête bien faite et le coeur toujours prêt pour le partage.
Quasi aveugle et presque sourd, le génie de Prefab Sprout démontrait pourtant avec son dixième album qu’il n’avait rien perdu de sa grâce. En une dizaine de chansons mutlicolores et cristallines, Paddy McAloon délivrait un disque à la beauté iridescente, entre nappes synthétiques, teintes électroniques et mélodies sublimes. Se dégage de l’ensemble une sensation de mélancolie et d’émerveillement, nous ramenant en mémoire la splendeur indépassable de Steve McQueen ou de Jordan : the comeback et nous rappelant à quel point cette musique nous est infiniment précieuse.
Autre vétéran du rock et de la pop, Nick Cave & the Bad Seeds livraient avec ce quinzième album studio un de leurs plus hauts faits d’armes. Suite au départ de Mick Harvey, Nick Cave laisse les guitares au second plan au profit de cordes gonflées de larmes ou d’angoisses. Les morceaux brillent par une sorte de minimalisme menaçant, une tension de tous les instants qui habitent les meilleurs titres de l’album et qui parfois, se relâche le temps de laisser s’envoler de merveilleux papillons multicolores. Un certain chantait l’amour et la violence, il y a de ça ici.
Loin du folk-blues cabossé et dépressif de ses débuts, Bill Callahan apparaît à chaque album de plus en plus libre et sans collier. Sur ce fantastique Dream river, le bonhomme navigue entre blues-rock, tonalités jazz et country oblique, pour des chansons qui savent aussi bien dire le tendre bonheur du quotidien que l’inquiétude existentielle et les sortilèges menaçants. Un chef-d’oeuvre de plus de la part d’un des plus grands songwriters contemporains.
Après l’immense succès de The suburbs, Arcade Fire prenait le risque de voir encore plus grand, offrant à son public un double album mammouth de 85 minutes. Bien aidé par la production aussi coupante que dansante de James Murphy (LCD Soundsystem), le groupe relevait le gant une fois de plus avec cette réussite totale, dont on n’a pas fini de faire le tour. Brumeux, rageur, lumineux, grandiloquent, intime, entraînant, languide, romantique… il en faudrait des adjectifs pour décrire ce disque somme, qui parfois menace de nous lasser mais finit toujours par emporter le morceau, porté par une foi dans la musique demeurée intacte depuis la claque Funeral. Peut-être pas le meilleur disque d’Arcade Fire, il reste avec le recul comme un magistral chant de cygne, feu de joie éblouissant qu’on écoute avec un brin de nostalgie et beaucoup de reconnaissance.

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