43/250. Song for autumn

Song for autumn par les Catchers, sur l’album Mute (1994, Setanta)

Quand j’avais écrit quelques lignes il y a huit ans déjà à propos du premier album des Catchers, je m’étonnais de constater à quel point le groupe semblait avoir été oublié, remarquant son absence des principales sources « grand public » d’informations musicales. Une notice est enfin apparue sur Allmusic.com, mais le groupe ne dispose toujours pas de notice Wikipédia en français et je n’ai pas pu vérifier s’il était mentionné dans la dernière édition augmentée du Dictionnaire du rock. Les chiffres d’écoute visibles sur Spotify laissent à penser que les Catchers restent encore plutôt confidentiels, joli trésor à la beauté discrète vers lequel j’aime à revenir régulièrement.

Loin des projecteurs braqués sur les groupes phares de la brit-pop, et des rodomontades de ces fiers-à-bras, ce groupe irlandais mené par Alice Lemon et Dale Grundle offrait avec ce premier album scintillant une série de chansons de bois vert à la sève tendrement acide, où se mêlent romantisme vaporeux et intranquillité des cœurs juvéniles. Si quelques scories m’empêchent d’élever ce disque au rang de chef-d’œuvre impérissable, il recèle suffisamment de mélodies limpides et de moments de grâce pour mériter qu’on s’en souvienne. D’un point de vue plus personnel, le groupe revêt à mes yeux des atours de madeleine de Proust, puisqu’on pouvait l’entendre très souvent dans les émissions de Bernard Lenoir qui ont bâti les fondations de ma culture musicale.

Parmi les hauts faits de ce disque à la beauté tremblée ressort particulièrement ce merveilleux Song for autumn, placé quasiment au mitan de l’album. Le groupe laisse ici de côté la pop à ciel ouvert des remarquables Cotton dress ou Apathy pour livrer une sorte de prière à deux voix, ode bouleversante et poétique à l’aura presque religieuse. Song for autumn condense les plus beaux atouts des Catchers, en premier lieu ces sublimes harmonies créées par l’entrelacs des voix de Dale Grundle et Alice Lemon. Les deux chants mêlés semblent exprimer, comme je l’écrivais il y a huit ans, « d’un même chœur l’amour et la peur de l’amour ». Le morceau brille d’une remarquable économie de moyens, construit sur un riff de guitare électrique bien ancré dans la terre que vient soulever le souffle d’un orgue, touche céleste qui vient rehausser le morceau d’une note de spiritualité.

Des paroles émane une drôle de poésie noyée des couleurs fauves de l’automne. De quoi est-il question au juste ? This is a song from beneath the ground. Une chanson d’outre-tombe ? Les odeurs de brouillard et d’humus nous parviennent-elles d’une âme ou d’un corps enterrés ? Qui est autumn ? A écouter le texte, le morceau semble bien davantage s’adresser à quelqu’un qu’évoquer l’atmosphère d’une saison : My autumn / No one in life could touch her wisdom (…) My precious cousin, my twin, my second skin, the only thing I ever fought to win. La chanson est nimbée de touches de mystère, invocation ou oraison funèbre, où des corps nus sont prêts à être crucifiés (Standing naked to be crucified) ou dévêtus par d’autres que nous (She is the angel your friends will undress). Épiphanie ou chat d’amour absolu, invocation mystique ou émerveillement douloureux face aux beautés du monde, Song for autumn sera tout cela à la fois, ou juste communion magnifique de deux âmes essayant malgré tout de garder les yeux rivés dans la même direction.

Les Catchers demeurent encore une sorte de mot de passe pour les fans énamourés d’une pop romantique qui s’épanouit bien mieux loin de la lumière vive. Le groupe fera paraître un deuxième album en 1998, Stooping to fit, inégal mais traversé de vraies réussites. Puis le groupe s’évanouira dans l’anonymat, avant de tenter un retour en 2019, passé là encore à peu près inaperçu.

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