37/250. Here’s where the story ends

Here’s where the story ends par The Sundays, sur l’album Reading, writing and arithmetic (1990, Rough Trade)

J’ai peut-être rencontré les Sundays un poil trop tard. A quelques années près, je serais probablement tombé foudroyé par la mélancolie mélodieuse et romantique de ces chansons, parfaite bande-son pour le passage à l’âge adulte confectionnée par un couple d’étudiants en lettres. Ainsi, ma découverte du groupe me laissa d’abord quelque peu partagé, surtout au vu des louanges qu’il suscitait chez les contemporains de son éclosion aux yeux du grand public. Je les trouvais, je ne sais pas, trop scolaires, trop vaporeux. J’aurais voulu les aimer davantage, je crois. Mais j’aimais quand même beaucoup certaines de leurs chansons, Here’s where the story ends en tête.

Au fil des années, mon affection pour les Sundays a grandi. Il faut croire que romantisme et mélancolie ne m’ont jamais totalement quitté, et peut-être qu’à cinquante ans, je ne suis pas vraiment certain d’être entré dans l’âge adulte. Pour être plus précis, mon affection pour les Sundays est en réalité circonscrite à leur premier album, tant je n’ai jamais pris la peine d’aller plus loin dans la discographie du groupe (vous pouvez me blâmer). Trente-six ans après, Reading writing and arithmetic brille d’un éclat qui ne s’affadit pas, et représente une forme de condensé d’un idéal indie-pop, entre guitares carillonnantes et mélancolie embrumée, quelque part entre les Smiths et les Cocteau Twins. Et Here’s where the story ends resplendit toujours autant.

Qu’est-ce qui nous charme ici autant ? Ce gratté de guitares acoustiques qui ravive évidemment le souvenir des Smiths (Cemetry gates par exemple) et qui nous enveloppe comme une fine bruine. Cette rythmique indolente et légèrement dansante, idéale pour se trémousser en regardant par la fenêtre, quand la pluie tombe ou qu’un pâle soleil d’automne traverse les carreaux. Le chant d’Harriet Wheeler surtout, évidemment, cette voix de jeune femme aussi cristalline que déterminée. Ici, comme sur pas mal de titres de cet album, Harriet Wheeler paraît tour à tour indécise et renfrognée, perpétuellement insatisfaite de la lenteur avec laquelle les choses semblent advenir. La jeune femme semble chanter les poings serrés au fond des poches, se cognant aux murs de relations décevantes, de cette jeunesse qui brûle et dont on ne sait vraiment que faire, ces sentiments tour à tour exaltants et frustrants. It’s that little souvenir / of a terrible year devient ainsi plus loin It’s that little souvenir / of a colorful year et les larmes le cèdent au sourire. Les textes évoquent ailleurs aussi bien un trouble érotique mystérieux (it’s the memories of your shed, that make me turn red) que le mauvais esprit teinté de littérature de Morrissey, dans une phrase comme And whoever would’ve thought, the books that you bought were all I loved you for ? Que celui ou celle qui n’a jamais craqué pour quelqu’un pour ses goûts me jette la première pierre…

Avec le temps, la mélancolie douce-amère des Sundays acquiert une patine particulière, entre souvenirs de ce qu’on a été et étonnement finalement ravi de constater que la trace de ces émotions-là demeure toujours vive. Peut-être en reste-t-il plus qu’une trace.

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