32/250. Play God

Play God par Moose, sur l’album Live a little, love a lot (1995, PIAS)

Avec ses deux premiers albums, …XYZ (1992) et Honey bee (1994), Moose fût considéré comme une des figures de proue de la scène shoegaze, peuplée de groupes tendant à noyer leurs mélodies sous des couches de guitare fuzz et à passer leurs concerts à regarder leurs chaussures. Comme tout cliché, celui-ci est forcément réducteur et le combo londonien mené par KevinMcKillop et Russell Yates démontrait déjà une appétence pour les mélodies ouvragées et les harmonies ensoleillées (cf. sa reprise splendide du Everybody’s talkin’ de Fred Neil sur son premier LP). Avec ce formidable troisième album, Moose chassait résolument le brouillard sonique recouvrant ses morceaux pour délivrer une remarquable collection de pop bucolique, évoluant entre éclaircies lumineuses et averses rafraîchissantes.

Il faudra qu’un jour je consacre un billet entier à cet album par trop méconnu, mais je m’attarderai aujourd’hui sur ce morceau magistral, parfaite ouverture d’un disque réjouissant. Non seulement Play God engage l’album de la meilleure des façons, mais la chanson elle-même offre un incipit assez formidable, tourbillon vibrionnant d’énergie mélodique à la mélancolie gracieuse. Après une volée de guitares évoquant rien moins que certains titres des Smiths, la voix rêveuse de Kevin McKillop vient placer ces premiers mots parfaits : Wishin’ there’s a window, I wish I had a view. Play God se déploie alors comme un bijou de chanson pop, le long d’une rythmique presque brésilienne, invitant dans sa sarabande voltigeuse d’impeccables arrangements de cordes, droit sortis du meilleur de XTC. Une nuée de chœurs entre peu à peu dans la danse avant que la voix de Liz Fraser des Cocteau Twins ne viennent définitivement conférer à l’ensemble sa portée angélique.

Chanson remarquable de prestance et de souplesse, Play God vaut aussi par le timbre doux-amer de McKillop, cette façon d’être là sans trop y être. Il se dégage ainsi de cette chanson des sensations familières à qui a toujours eu l’impression d’être un peu de côté, de regarder le monde sans trop en faire partie et sans savoir s’il faut en être. Pour qui ne sait jamais vraiment comment faire avec les autres, s’il faut parler ou se taire, comment il faut placer son corps et sa voix, le mélange de mélancolie, de détachement et de douceur qui émane de Play God ne pourra que faire écho. Le morceau semble par ailleurs évoquer une forme d’urgence, le temps qui presse faisant s’envoler plus vite qu’on le souhaiterait le meilleur de nos vies : Oh my friend, our journey’s end / With no more time, our lives are spent / I ought to know, but can’t let go. Tant de sentiments profonds en quatre minutes de musique enthousiasmante, Play God est bien un petit miracle de chanson pop, quelque chose comme une intervention divine peut-être…

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